"Je ne m’aime pas en photo…"

Je ne m’aime pas en photo…

Dix ans après, je ne dirais plus exactement la même chose.

Réécriture & mise à jour d’un article de 2018.

« Je ne m’aime pas en photo. »

C’est probablement la phrase que j’ai le plus entendue dans mon métier.

Avec sa petite sœur, qui pique toujours un peu les oreilles du photographe :

« Je ne suis pas photogénique. »

Parce qu’au fil des années, j’ai fini par comprendre que le problème n’était peut-être pas vraiment la photographie en elle-même.

Se regarder n’est pas si simple

Quand nous nous regardons sur une photographie, nous ne voyons jamais simplement une image de nous.

Nous voyons un visage, bien sûr.

Mais nous voyons aussi une histoire. Un âge. Des souvenirs. Des blessures. Des réussites. Des renoncements. Les marques du temps. Et parfois tous les regards que les autres ont posés sur nous au cours de notre vie.

Nous ne regardons pas seulement notre apparence.

Nous nous regardons avec tout ce que nous savons de nous-mêmes.

C’est probablement pour cela qu’une photographie peut parfois être beaucoup plus déstabilisante qu’on ne l’imagine.

La photo, elle, ne connaît pas notre histoire.

Elle s’est contentée de saisir un instant.

Un mouvement.

Une expression.

Un regard.

Une façon de se tenir.

Et parfois ce petit quelque chose d’imperceptible que le photographe a vu et que nous n’avions jamais remarqué nous-mêmes.

Le miroir nous a appris à nous connaître… mais d’une certaine manière

Depuis l’enfance, notre image familière est principalement celle du miroir.

Nous nous sommes construits avec cette image.

Mais le miroir nous montre une image inversée et surtout une image que nous contrôlons.

Nous choisissons notre expression.

Notre posture.

Notre angle.

Nous pouvons recommencer.

La photographie, elle, ne négocie pas.

Elle peut nous montrer de profil, de dos, de loin, dans un mouvement, dans un éclat de rire ou dans un instant de fragilité.

Elle nous montre parfois comme les autres nous voient.

Et cette image-là peut nous sembler étrangère.

Alors nous disons :

« Ce n’est pas moi. »

Mais si.

C’est bien nous.

Simplement, c’est une version de nous que nous n’avons pas l’habitude de regarder.

Et puis il y a les comparaisons

Pendant mes séances, j’ai souvent entendu :

« C’est fou comme je ressemble à ma mère. »

Ou à son père.

Ou à sa grand-mère.

Et tout dépend alors de ce que cette personne représente pour nous.

Si nous aimons cette ressemblance, elle devient une découverte heureuse.

Dans le cas contraire, elle peut devenir une véritable blessure.

Il en va de même avec les comparaisons :

« Je suis beaucoup moins jolie que ma mère au même âge. »

« Lui, il était beaucoup plus beau. »

« Moi, j’ai vraiment vieilli. »

En quelques secondes, ce n’est plus une photographie que nous regardons.

C’est notre estime de soi qui est convoquée.

Alors, suis-je vraiment « pas photogénique » ?

C’est là que cette phrase m’a toujours un peu agacé.

« Je ne suis pas photogénique. »

Comme si la photogénie était une qualité que certains auraient reçue à la naissance et dont les autres seraient définitivement privés.

Avec les années, j’ai compris que ce n’était pas aussi simple.

Une personne n’est pas photogénique ou non.

Elle peut simplement ne pas avoir été photographiée dans les conditions qui lui permettent de se révéler.

Elle peut être mal à l’aise.

Ne pas avoir confiance.

Ne pas savoir quoi faire de son corps, de ses mains, de son visage lorsqu’un objectif la regarde.

Elle peut surtout avoir tellement l’habitude de se juger qu’elle ne laisse plus aucune chance à son image.

Le rôle du photographe n’est donc pas simplement de trouver « le bon angle ».

Il est d’abord de créer les conditions pour que quelque chose puisse apparaître.

La photo se fait d’abord avec les oreilles

C’est une phrase que je disais déjà il y a dix ans et à laquelle je crois encore davantage aujourd’hui :

La photo se fait d’abord avec les oreilles.

Avant de photographier quelqu’un, il faut l’écouter.

Comprendre qui il est.

Ce qu’il vient chercher.

Ce qu’il accepte de montrer.

Et parfois aussi ce qu’il ne veut surtout pas montrer.

Parce que photographier quelqu’un, ce n’est pas seulement appuyer sur un déclencheur.

C’est une rencontre.

Et cette rencontre peut permettre de faire émerger quelque chose que la personne ne voit plus — ou qu’elle n’a peut-être jamais vu chez elle.

Pendant longtemps, je pensais que mon métier consistait à « rendre les gens beaux ».

Je le disais d’ailleurs avec humour et provocation.

Aujourd’hui, je dirais plutôt :

Mon travail consiste à aider les personnes à découvrir une image d’elles-mêmes dans laquelle elles puissent enfin se reconnaître.

Dix ans de pratique ont changé mon regard

Depuis cet article, j’ai continué à photographier des particuliers.

Mais j’ai surtout développé des ateliers autour de l’image de soi.

Des personnes qui ont perdu confiance.

Des personnes éloignées de l’emploi.

Des personnes qui se sentent parfois invisibles.

Des personnes qui n’ont pas l’habitude d’être regardées autrement que par leurs difficultés.

Et là, quelque chose s’est confirmé.

La photographie peut être beaucoup plus qu’un résultat esthétique.

Elle peut être un espace d’expérimentation.

On peut jouer avec son apparence.

Changer de rôle.

Se mettre en scène.

Travailler à deux.

Rire de soi.

Se voir autrement.

Essayer.

Se tromper.

Recommencer.

Et petit à petit, prendre une place différente devant l’objectif.

C’est pour cela que mes ateliers ne cherchent pas uniquement à produire de « belles photos ».

Ils cherchent à faire vivre une expérience.

Une expérience au cours de laquelle chacun peut expérimenter son image sans être immédiatement enfermé dans le jugement.

La photographie devient alors un prétexte autant qu’un outil.

Un outil pour essayer, pour oser, pour se découvrir autrement.

Et parfois, simplement, pour reprendre possession de son image.

Une photographie n’est pas un verdict

Je crois aujourd’hui que nous n’avons pas forcément besoin d’aimer toutes nos photographies.

Et heureusement.

Nous n’avons pas non plus besoin de nous trouver beaux tous les jours.

Ce serait une autre forme de tyrannie.

Mais peut-être pouvons-nous apprendre à nous regarder avec un peu plus d’indulgence.

À accepter que notre visage change.

Que notre corps change.

Que notre image ne résume jamais ce que nous sommes.

Et surtout à comprendre qu’une photographie n’est pas un verdict.

C’est un point de vue.

Celui d’un photographe.

Celui d’un instant.

Celui d’une rencontre.

Et parfois, cette rencontre permet de découvrir quelque chose que nous avions oublié :

nous regarder n’est pas forcément nous juger.

C’est peut-être là que commence la réconciliation avec son image.

Dix ans après avoir écrit « Je ne m’aime pas en photo », je crois que c’est cela que la photographie m’a appris.

On ne photographie pas seulement une image de soi.

On peut aussi apprendre à changer le regard que l’on porte sur soi.

Dix ans après, sur le fond, certaines choses n’ont pas changé.

Mais moi, oui.

#ImageDeSoi #EstimeDeSoi #ConfianceEnSoi #Photographie #Portrait #RegardSurSoi

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© Thierry Abellan - thierry@abellan.info


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Faites tourner

Quand tu es né avant la honte...

Quand tu es né avant la honte...

J'avais 10 ans et, ce jour-là, j'étais persuadé d'être au sommet de l'élégance. Regardez-moi cette assurance ! Ce pantalon jaune poussin à pattes d'éléphant, ce débardeur rayé qui faisait probablement mal aux yeux de mes copains, et ces chaussures turquoise qui semblaient dire : « Tant qu'à faire, allons jusqu'au bout. »

Aujourd'hui, on parlerait d'un "look audacieux". À l'époque, c'était juste... les années 70. Et visiblement, personne dans mon entourage n'a jugé utile de m'arrêter avant de sortir de la maison. Je soupçonne même mes parents d'avoir pris la photo comme preuve.

Le plus incroyable, c'est que c'est moi qui avais choisi ces vêtements dans le magasin. Et j'en étais fier. Vraiment très fier. Je devais me trouver incroyablement stylé, convaincu que j'allais révolutionner la mode enfantine.

Avec le recul, je comprends surtout pourquoi les années 70 ont laissé autant de traumatismes vestimentaires. Mais finalement, je préfère mille fois ce petit garçon qui osait tout à l'adulte qui hésite parfois avant de mettre une chemise un peu colorée.

Et entre nous... je ne suis toujours pas certain que ce pantalon jaune n'était pas en avance sur son temps.




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Les touristes, c’était mieux avant.

Les touristes, c’était mieux avant.

À l’époque, le juilletiste et l'aoûtien arboraient un signe distinctif infaillible : le teint cachet d'aspirine. C'était simple, visuel, presque poétique. Pour nous, autochtones méditerranéens, pas besoin de check-point : un coup d'œil sur la plage et on repérait direct les « culs-blancs ».

Aujourd'hui ? Entre les cabines de bronzage, les piscines privées et le réchauffement climatique, le gibier se fond dans la masse. Tout fout le camp, même notre art ancestral de snober le Parisien.




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Transmission(s) : Le Sang de la Révolte

Transmission(s) : Le Sang de la Révolte

Deux pays, une seule colère. Dans mes veines coule le sang espagnol de l’exil et le sang français de la mine. Un héritage biculturel qui ne s’est pas transmis par les mots, mais par les actes.

En 1936, mes grands-parents fuient le franquisme. Ils débarquent en France pour découvrir l'âpreté des camps de rétention à Perpignan, où ils passent six mois. Mais la mise à l’abri n'est qu'une étape : une fois sa famille installée à Sète, mon grand-père repart au combat. Fidèle à ses idéaux, il rejoint les républicains communistes pour faire face aux putschistes d’extrême droite. Pour lui, la liberté n'était pas un concept abstrait, c'était une cause pour laquelle on accepte de risquer sa vie.

De l'autre côté de cet héritage, il y a la France et la sueur du mineur de fond. Un métier de fer pour un homme d'acier, travailleur acharné mais viscéralement anticlérical et réfractaire toute autorité. Viscéralement anticlérical et réfractaire à toute autorité, il a marqué les mémoires par ses coups d'éclat. On se souvient encore des banquets syndicalistes bien arrosés qui se terminaient par des chansons paillardes devant l’église, ou de L’Internationale chantée à pleins poumons sous les fenêtres de la gendarmerie. Il poussait le défi politique jusqu'à organiser de grands repas uniquement à base de viande les Vendredis saints. Même son dernier acte fut un message : un enterrement civil, sans fleurs ni couronnes, porté par le chant des mineurs résonnant avec force dans le cimetière. 

Qu’est-ce que ce sang m’a transmis au final ? Bien plus qu’un simple patronyme. On m’a légué un instinct rebelle, un anticonformisme profond et un goût très prononcé pour l’insoumission. Une soif de liberté et une sainte horreur de l’injustice. Un regard très attentif sur les discriminations et, biculture oblige, cela m’a offert une ouverture sur le monde refusant toutes les frontières. Je porte en moi ce mélange de résistance espagnole et de solidarité ouvrière française comme un passeport qui a guidé et guidera toute ma vie.


A Alejandro et Lucien




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Pars - Jacques Higelin

Il arrive que l’on s’attache à une chanson sans savoir ce qu'elle nous réserve. On se laisse bercer par une mélodie, sans se douter qu'elle deviendra, des années plus tard, la bande-son de ce que l’on traversera plus tard. Ce fut le cas avec "Pars" de Jacques Higelin.

À l’époque, je l’écoutais avec une admiration distante. Puis, la vie bascula. Les mots d'Higelin cessèrent d'être une simple chanson pour devenir une réalité qui me frappa de plein fouet.

- Pars, surtout ne te retourne pas
- Pars, fais ce que tu dois faire sans moi
- Quoi qu'il arrive je serai toujours avec toi
- Alors pars et surtout ne te retourne pas

Chaque strophe, autrefois simple poésie, devint une vérité très concrète. Il y avait dans sa voix ce côté rock et brut, une énergie qui semblait pleine d'espoir, mais qui, avec le recul, n'était plus que le véhicule d'une tristesse profonde. Ce refrain résonnait alors comme un coup de poignard en plein cœur ; il collait à ma vie de l'époque avec une précision qui faisait mal.

- Mais l'enfant...
Ce qui était une chanson puissante, une fresque sur l'amour et la séparation, était devenu le cœur même de ma souffrance. C'était un miroir de mon mal-être dont je ne pouvais plus détourner les yeux. Je l'écoutais en boucle, par besoin, cherchant dans ses cris une réponse à un silence qui ne semblait pas devoir s'arrêter.

- Pars, et surtout reviens-moi vite.
Ironie cruelle : l'ordre de partir était devenu ma tragédie, et le vœu du retour, ma seule et épuisante prière.

Il est fascinant de constater comment une chanson, avec le temps, cesse d’être une simple suite de notes pour devenir un miroir déformant, un écrin où l’on enferme nos souvenirs les plus acérés, la signature d'une époque de notre vie.




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Le petit geste qui sauve l’humanité (ou presque)

Salut, il faut qu’on parle ! Il faut qu’on se regarde dans le blanc des yeux parce que là, ça ne va plus du tout. Je parle de vous, piétons. Oui, vous, qui traversez devant moi alors que je suis au volant de mon carrosse en métal.

Je m'arrête. J'appuie sur le frein. Je vous laisse passer, galant comme un prince de la route. Et vous ? Rien. Pas un signe. Pas un battement de cil. Vous marchez avec cette assurance de celui qui pense que le monde lui appartient, le regard fixé sur votre téléphone ou dans le vague, comme si mon arrêt était une loi physique naturelle, une simple conséquence de la gravité.

C’est quoi votre problème ? Vous voulez voir le monde brûler ? Vous vous nourrissez du chaos ?

Pourtant, on a un contrat ! C’est un pacte social, un truc ancestral qu’on a signé entre automobilistes et piétons depuis… allez, depuis l’invention du klaxon, au bas mot. Le deal est simple : je sacrifie ma progression, mon élan et mes précieuses secondes de vie pour vous laisser la priorité, et en échange, vous m’offrez "LE GESTE".

Vous savez, ce petit truc : le petit signe de la main, ou ce mouvement de tête rapide avec les lèvres pincées, ce « coucou » silencieux qui dit « merci de ne pas m’avoir écrasé, brave citoyen ». C’est ça, la cohésion nationale ! C’est ça qui empêche la société de basculer dans la barbarie pure.

Ne me sortez pas vos arguments juridiques à deux balles du type : « Mais légalement, la voiture DOIT s’arrêter, donc je n’ai pas à dire merci ». Non ! Arrêtez tout de suite. Si je vais chez le boulanger et que je donne mes 1,10€ pour ma baguette, légalement, elle est à moi. Est-ce que pour autant je dis au boulanger : « Tiens, encore heureux que tu me la donnes, espèce de trouduc » ? Non, je dis « Merci, bonne journée ! ».

C’est pareil pour les motos. Quand on les laisse passer, ils font le petit chassé avec le pied. C’est chic, c’est urbain, ça tisse du lien. On est dans la même galère, les gars ! Les temps sont durs, l’essence est chère, la vie est stressante. Si on ne s'entraide pas avec un petit signe de la main, on devient quoi ? Des robots ? Des sauvages ?

Alors, s’il vous plaît, demain, faites un effort. Un petit mouvement, un regard complice. Je compte sur vous pour sauver ce qu’il nous reste de civilité.

Faites le geste, bordel. On est ensemble.




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#EXPOSITION - REGARDS DE FAMILLES - 30 familles photographiées et exposées - Centre culturel Raymond IV Toulouse - 17/05/2025






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Les enfants sont formidables

Je fumais tranquillement une cigarette devant chez moi, profitant de l'air frais. Sur le parking, un père affairé vidait sa voiture pleine à craquer, chargée de cartons de déménagement. À ses côtés, un enfant d'environ cinq ans observait tout ça avec cette fascination propre à l’enfance.  

Par réflexe, je lançai :  
— Vous voulez que je vous aide ?  

Le père, un sourire poli aux lèvres :  
— Non, ça ira, merci.  

Et là, l'enfant, comme s'il n'attendait que ce moment pour dévoiler un secret d'État, lança d'une petite voix, à la fois sérieuse et innocemment impertinente :  
— Je travaille avec papa, parce que maman elle a pas fini sa bière…  

Le père marqua une pause. Moi aussi. On aurait cru que le monde entier retenait son souffle, sauf l’enfant, qui poursuivit aussitôt, pointant un jouet lumineux dans un carton :  
— Tu as vu ? Là, c’est plein de lumière !  

Ah, l’innocence. Ou l’art de jeter ses parents sous le bus avant même de savoir lire. 
Petits êtres de lumière et d’honnêteté brutale vous êtes vraiment formidables.








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(En d'autres termes: Suffit de demander gentiment)