Transmission(s) : Le Sang de la Révolte
Deux rives, une seule colère. Dans mes veines coule le sang espagnol de l’exil et le sang français de la mine. Un héritage biculturel qui ne s’est pas transmis par les mots, mais par les actes.
En 1936, mes grands-parents fuient le franquisme. Ils débarquent en France pour découvrir l'âpreté des camps de rétention à Perpignan, où ils passent six mois. Mais la mise à l’abri n'est qu'une étape : une fois sa famille installée à Sète, mon grand-père repart au combat. Fidèle à ses idéaux, il rejoint les républicains communistes pour faire face aux putschistes d’extrême droite. Pour lui, la liberté n'était pas un concept abstrait, c'était une cause pour laquelle on accepte de risquer sa vie.
De l'autre côté de cet héritage, il y a la France et la sueur du mineur de fond. Un métier de fer pour un homme d'acier, travailleur acharné mais viscéralement anticlérical et réfractaire toute autorité. Viscéralement anticlérical et réfractaire à toute autorité, il a marqué les mémoires par ses coups d'éclat. On se souvient encore des banquets syndicalistes bien arrosés qui se terminaient par des chansons paillardes devant l’église, ou de L’Internationale chantée à pleins poumons sous les fenêtres de la gendarmerie. Il poussait le défi politique jusqu'à organiser de grands repas uniquement à base de viande les Vendredis saints. Même son dernier acte fut un message : un enterrement civil, sans fleurs ni couronnes, porté par le chant des mineurs résonnant avec force dans le cimetière.
Qu’est-ce que ce sang m’a transmis au final ? Bien plus qu’un simple patronyme. On m’a légué un instinct rebelle, un anticonformisme profond et un goût très prononcé pour l’insoumission. Une soif de liberté et une sainte horreur de l’injustice. Un regard très attentif sur les discriminations et, biculture oblige, cela m’a offert une ouverture sur le monde refusant toutes les frontières. Je porte en moi ce mélange de résistance espagnole et de solidarité ouvrière française comme un passeport qui a guidé et guidera toute ma vie.
A Alejandro et Lucien
© Thierry Abellan - thierry@abellan.info
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