Il arrive que l’on s’attache à une chanson sans savoir ce qu'elle nous réserve. On se laisse bercer par une mélodie, sans se douter qu'elle deviendra, des années plus tard, la bande-son de ce que l’on traversera plus tard. Ce fut le cas avec *Pars* de Jacques Higelin.
À l’époque, je l’écoutais avec une admiration distante. Puis, la vie bascula. Les mots d'Higelin cessèrent d'être une simple chanson pour devenir une réalité qui me frappa de plein fouet.
- Pars, surtout ne te retourne pas
- Pars, fais ce que tu dois faire sans moi
- Quoi qu'il arrive je serai toujours avec toi
- Alors pars et surtout ne te retourne pas
Chaque strophe, autrefois simple poésie, devint une vérité très concrète. Il y avait dans sa voix ce côté rock et brut, une énergie qui semblait pleine d'espoir, mais qui, avec le recul, n'était plus que le véhicule d'une tristesse profonde. Ce refrain résonnait alors comme un coup de poignard en plein cœur ; il collait à ma vie de l'époque avec une précision qui faisait mal.
- Mais l'enfant...
Ce qui était une chanson puissante, une fresque sur l'amour et la séparation, était devenu le cœur même de ma souffrance. C'était un miroir de mon mal-être dont je ne pouvais plus détourner les yeux. Je l'écoutais en boucle, par besoin, cherchant dans ses cris une réponse à un silence qui ne semblait pas devoir s'arrêter.
- Pars, et surtout reviens-moi vite.
Ironie cruelle : l'ordre de partir était devenu ma tragédie, et le vœu du retour, ma seule et épuisante prière.
Il est fascinant de constater comment une chanson, avec le temps, cesse d’être une simple suite de notes pour devenir un miroir déformant, un écrin où l’on enferme nos souvenirs les plus acérés, la signature d'une époque de notre vie.
© Thierry Abellan - thierry@abellan.info
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